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vendredi 10 janvier 2025

FERMETURE DE COMPTE

 




















Ouvre ton parapluie
les poètes se garrochent
du toit des banques.


Alain Larose © 2024


dimanche 26 juin 2022

PRÈS DE LA RIVIÈRE

 



















Je vis près de la rivière
caché

Les gens du village
viennent ici perdre
leurs chats
leurs serpents
leurs perruches
chaque début d'été

Un jour j'en ferai une armée


Alain Larose © 2022


dimanche 4 juillet 2021

UN SOIR COMME ÇA

 





















un soir comme ça
il a rempli toutes ses poches
de poètes

il s'est couché
sur les roches
au fond du ruisseau

écouter le murmure
de leurs collisions
avec l'eau


Alain Larose © 2021


vendredi 20 novembre 2020

MANITAS












Mon grand-père Pomme-Émile
avait une photo de
Manitas de Plata
découpée dans Le Soleil
accrochée dans un petit cadre
à droite au-dessus
du faux foyer

je me rappelle ses mains

elles tenaient Pomme-Émile
au chaud
en février
comme une guitare
entre le flamenco
et le rire de Marguerite


Alain Larose © 2020


dimanche 27 septembre 2020

HUMMINGBIRD

 













Les foins sont tout coupés
depuis hier

Mon père dirait:
demain va falloir décrocher
l'eau des colibris



Alain Larose © 2020


mercredi 2 mai 2018

UN SOIR À L'OPÉRA


















Un soir

des soirs

sur leur galerie
de la rue Wolfe
Yvette et Olivette
rient et pleurent
aux éclats
comme devant un
opéra italien
en regardant le trafic

mais l'opéra se joue
dans une
corbeille de l'opéra
sur la galerie
d'Yvette et Olivette
qui rient et pleurent
chacune à son tour
et les deux ensemble

la nuit sera chaude
ils annoncent un bel été
dans l'almanach


Alain Larose © 2018


vendredi 31 mars 2017

DENISE




Dans son
demi sous-sol
de la rue
du couvent
ma tante Denise
fait bouillir
des oeufs
pour la cabane
à patate
de son mari

elle chante
avec la radio
la seule chanson
d'amour
qu'elle connaît

elle chante
avec la radio
le jingle
de la radio

chez
ma tante Denise
le soleil
a de la misère
à rentrer
et fait
des ombres chinoises
à travers les pots
pour se faire remarquer

la vie
sent le vinaigre
chez
ma tante Denise


Alain Larose © 2017


samedi 18 mars 2017

PANNE SUR LA LIGNE ORANGE


























Prends tes bagages
le train part
une minute après minuit*

Ce soir
le fantôme
du Grand Antonio
tire un wagon
de la ligne orange
jusqu'au camp de Jasenovac
en Croatie

100 000 morts
l'attendent là-bas

et tous les jours
à Montréal
le fantôme
d'Anton Baričević
sur son banc
d'épicerie
parle à ceux-là

il décrit
les rayons
d'un festin
qui n'arrivera jamais
mais qui tient
pourtant
dans l'air
entre ses mains

Prends tes bagages
le train part
une minute après minuit

Anton Baričević
ne repose pas
il en faudra
des voyages
pour les faire
monter
tous

Anton Baričević
l'exil
c'est chez toi
tu tires toujours
ton wagon

à Mont-Royal
les passagers du métro
remontent
de sous la terre
en sacrant


Alain Larose © 2017

* «Belgrade» par Miroslav  Antić


                                             

vendredi 30 septembre 2016

J'AIME ÇA QUAND






Nos deux peines
jouent au docteur
en dessous
de la galerie



Alain Larose © 2016


lundi 30 mai 2016

TU DIS






















Tu dis
parle-moi

je n'ai pas
tant de mots
mais des chagrins
comme de
petits chiens
mouillés

je les cache
sous le lit
pour les poèmes

quand
tout le monde
est endormi


Alain Larose © 2016

Photo Marie Christine Bernard

jeudi 14 avril 2016

LES OS






LES OS

Entre le
ballon prisonnier
et les os
de ma mère
l'autobus scolaire
descend la côte
pas de brakes
à travers
les arbres
et
ma mémoire
brûle son ménage
au bout du champ
dans le jour
qui baisse


Alain Larose © 2016

Vidéo: Alain Larose, Jean Coulombe et Gilbert Sévigny


vendredi 4 mars 2016

POÈME POUR POÈME



























Poème pour poème
tu ne
redonneras pas
la vue
à un aveugle
deux fois

même avec
toute la
boue du monde

même si
c'est toi


Alain Larose © 2016


samedi 20 février 2016

JEAN-PAUL ET SON TRAIN ÉLECTRIQUE





















L'enfer
c'est les autres
qui disent
que l'enfer
c'est les autres


Alain Larose © 2016


vendredi 29 janvier 2016

VISIONS DE PUCE





















Entre dinde
et rigodons
Puce Bélanger
me dit:

de la bière
le jeune
tu peux en prendre
n'importe quand
mais la drogue
touche
pas
à
ça

Puce
regarde neiger
l'air de rien
qui neige
tout en
retournant
son coeur
haché menu
avec du beurre
dans la poêle


Alain Larose © 2016


dimanche 18 octobre 2015

SOIR DE GALA (2 AM)






















Mon voisin Charlie
a invité le 911
à son Hommage
à Olivier Guimond

Jack Daniel's
est son régisseur
et
je suis le seul spectateur
quand
dans un timing parfait
en se trompant
d'abord d'adresse
deux Denis Drouin arrivent
en habits de polices

ils fouillent le portefeuille
du comique
pour un autographe

j'étais avec mon chum Jack
qu'il dit
dans un sourire
que même ses dents ont fui

maintenant
à la recherche d'un complice
les deux Denis Drouin
cherchent Jack
en coulisses
jusque dans les armoires

il est où Jack?
qu'ils disent
à Charlie Guimond
dont le maquillage
commence à fondre
sous le follow spot

mais Charlie a oublié son punch

c'est la fin du sketch

Denis Drouin (2X)
escortent Charlie
hors de scène

le vent applaudit
par la fenêtre

Enlève-moi les
les menottes
m'as la barrer
la porte

Enlève-moi les
les menottes
m'as la barrer
la porte

répète mon voisin Charlie

pendant que
la limousine
attend
à l'entrée des artistes


Alain Larose © 2015


dimanche 24 mai 2015

UNE IDÉE DE L'AU-DELÀ





C'est un beau dimanche
sur la terrasse du mouroir

Jésus
déguisé
en infirmier
y roule un cancéreux
en attendant
la rediffusion
du jour du Seigneur

un peu plus loin
en silence
sur un banc
parents et amis d'un autre
fument
en eucharistie
ses dernières Belvédère

le cancéreux s'interroge
en contemplant le fleuve

«je me demande ce qu'il y a
de l'autre bord...»
dit-il

«Saint-Romuald...»
répond Jésus
en ramassant
le paquet vide
emporté par le vent


Alain Larose © 2015


mardi 28 avril 2015

VICTOR JARA 1932-






















Victor
est-ce qu'il y avait
des merles
avec toi dans le stade
de Santiago?

je te le demande
parce que là où nous sommes
ta voix semble venir
du dehors

c'est le printemps
il y a du vin sur la table
les verres se vident
en t'écoutant


de l'autre côté de la rue
les chiens jappent
à la porte
de leurs maîtres
mais les merles
chantent avec toi

je sais
c'est une chose idiote
à écrire
comme s'il suffisait d'y croire
probablement la faute
au vin qui achève

ton disque aussi
va bientôt finir
ils y ont mis
tes chansons
en ordre alphabétique
comme sur les registres
des disparus

te recuerdo Amanda

de l'autre côté de la rue
les chiens jappent toujours
à la porte
de leurs maîtres


Alain Larose © 2015



samedi 11 avril 2015

MAISON






Vidéo poème 

Texte: Alain Larose

Vidéo et réalisation: Jean Coulombe

Musique: Francis Héroux

Collaboration: Gilbert Sévigny

Tous droits réservés © 2015



mercredi 4 mars 2015

L'ART POÉTIQUE





















Je n'écris pas

ma mémoire
brûle son ménage
au bout du champ


Alain Larose © 2015


jeudi 5 février 2015

ÇA FAIT QUE


«je suis prisonnier de ce poème»
- Patrice Desbiens, Poèmes anglais





















Le vieux poète
se penche
sur son Olivetti
posée sur une chaise

parfois
le jour vient le visiter
et s'assoit
sur le lit avec lui

il est
le seul prisonnier
d'un poème
qui lui prend
toutes ses cigarettes
aux cartes

ça fait que
pour faire chier
le poème
à son tour

il n'a pas oublié
de ne pas mettre
de feuille
dans la machine


Alain Larose © 2015