samedi 14 septembre 2019

AU PIED DES RAPIDES





















On traverse en groupe
les bruines sociales

on relève son col
on essuie son front

on remplit de buée
l'autobus bondé

on se jauge en filigrane
on s'imprime de non-présence

on regarde les visages
descendre le courant

au pied des rapides
les distances...



Jean Coulombe © 2019


dimanche 8 septembre 2019

NAUFRAGÉ


























Galas portraits-cravates
et linge de corps des saisons très tendance
pour peintures au néon
mémoires vives écorchées
la tête la première dans l'apéro
les heures joyeuses se bousculent
pour arriver au plus vite
aux cérémonies obsolètes de l'ivresse

les épicuriens du barbecue en terrasse
brillent dans le noir en société

orchestres d'ambulances
cités dortoirs où la la nuit rôde
à la recherche des étoiles

sous les arches se perdent les ombres

à l'incognito des fenêtres
le silence fait du tapage.

Regards qui nous cachent le ciel

litanies cellulaires

graffitis sans suite
à l'aube des nécropoles
d'écritures mortes.

Squelettes de béton
cages ouvertes où squattent les oiseaux

ères ouvertes maisons vagues terrains sûrs
où bâtir
l'avenir intelligent l'avenir
des sociétés de l'avenir.

Il y a des sépultures à notre image
où maquiller de visages l'éphémère.

Matin pluvieux reflet d'un instant
dans la vitrine un nuage.

La ruelle s'écoule sale

à sa fenêtre un naufragé s'ennuie.



Denis Samson © 2019


lundi 2 septembre 2019

AU TEMPS DES ÉPINES



















Tous les chemins
sont loin
quand le gouffre rôde

tu n'as jamais été aussi présente
qu'absente...

L'écho de l'ombre de ta bouche
me hante...

je ne sais où reprendre
la beauté du verbe
pour lui arracher substance

le renouer aux épinettes
qui dansent
autour de toi

autour de moi
il n'y a eu que toi
au chevet de mon âme

il n'y aura que toi
pour chanter cette clairière
au bout de notre temps

tout est loin
tellement loin

le feu me darde
comme au temps
des épines.



Jean Coulombe © 2019


jeudi 29 août 2019

CONDUITS DE L'ÉVEIL (extraits - textes revisités)




















CONDUIT DE L'ÉVEIL 2 : Maison close (extraits)

Il m'arrive certaines nuits
de franchir en secret
la porte qui mène
au jardin de l'enfance.

Alors
je me souviens...

. . . . . . . . . . .

Après l'école
comme je n'avais
ni frère ni soeur
je jouais avec la télé.

Entre Bobino et le souper
j'ai appris à grandir seul
dans un monde qui ressemblait
à tout
ce qui était défendu.

J'ai tellement regardé la télé
qu'elle a fini par en parler
à mes parents...

Le soir dans ma chambre
embuée de fenêtres
près du réservoir à eau chaude
je me battais contre
des araignées géantes
d'insomnie

au tableau noir de mes nuits
j'écrivais avec des craies rousses
les noms de filles
aux cheveux de lumière.

. . . . . . . . . . .

Sur ma rue
au restaurant du coin
le regard des bums
croisait celui des anges.

Je buvais du Coke
à même la soif
tout comme le Président du Club
des Mauvaises Fréquentations
de mon quartier.

Le dimanche je m'habillais
en dimanche
pour aller dans ma famille
du dimanche
souvent à l'hôpital.

Je me sentais
comme un aveugle à mon retour
avec des yeux
au fond des larmes.

CONDUIT DE L'ÉVEIL 4 :
Des jaquettes taillées à même la mémoire (extrait)

Pour accéder à la personne
sous la douleur
il faut connaître ses blessures,
le modèle de base
de la douleur,
la tête qui tombe en avant
en priant le sommeil de venir.

CONDUIT DE L'ÉVEIL 7 : Incomplet (à suivre)

Derrière les portes closes
de l'enfance
il y a une trappe qui s'ouvre
sur une cave
d'où s'échappent des odeurs
d'éperlans de cahiers moisis d'écoliers
en fuite
d'édredons oubliés
dans les coffres de cèdre
jamais consommés.


Denis Samson © 2019


lundi 26 août 2019

DISTANCES






















Faut-il revenir aux dérives des partances?

Tant que le silence cherche à se rompre

pourquoi charger l'inconnu de nos distances?

Les éclats se cultivent entre les instants
concédés à la fulgurance.

L'amertume des amours naufragées
pique l'ironie du doute.

Tu as ce que l'aube brûle
pour les oiseaux fous au large.

Une douceur s'étiole sur ta peau.


Jean Coulombe © 2019






dimanche 18 août 2019

EAU QUI DORT


























Crucifiée au passé,
l'âme se perd
à chercher à qui rendre
ce qui n'appartient à personne.

Aux laboratoires d'insomnie
fouillant
l'orbite creuse des sens,
pratiquer ses TOC,
vouloir
oublier par coeur
le superflu des leçons
apprises par blessures.

Lacérations du cuir ardent
tranches de vie
du sujet à vif

ce spectacle élégant

aux laboratoires d'insomnie
ton silence est un lapsus.

Parmi les voix
mélangées aux paroles
le poète a veillé
à réveiller l'eau qui dort.

Le poète a veillé tard.


Denis Samson © 2019


mardi 13 août 2019

JE VEILLE MOI NON PLUS





















Où mettre le feu sous la pluie?

J'ermite mon émeute intimiste
enfermé aux musiques du temps

tant de bouches au parloir
tant de muqueuses orphelines

le tumulte fait recette
j'écoute le silence entre les mots

aux engrenages philosophiques
les fleurs s'étiolent blessées

jamais vraiment au bon endroit
je veille moi non plus.



Jean Coulombe © 2019