mardi 21 mars 2017

PAYS NATAL




















Cette ville me tétanise
avec son petit maire
ses petites misères
et ses rats des ondes

cette ville me blesse
j'y mourrai sans doute
perclus d'arthrose sociale

balloté dans le glauque
des paroles creuses
sans le rauque d'un cri

cette ville me tue
tant de turpitudes
érigées en monuments

tant de m'as-tu-vus
et petites grandeurs
sur fond de pays inexistant.

J'aime cette ville!


Jean Coulombe © 2017


samedi 18 mars 2017

PANNE SUR LA LIGNE ORANGE


























Prends tes bagages
le train part
une minute après minuit*

Ce soir
le fantôme
du Grand Antonio
tire un wagon
de la ligne orange
jusqu'au camp de Jasenovac
en Croatie

100 000 morts
l'attendent là-bas

et tous les jours
à Montréal
le fantôme
d'Anton Baričević
sur son banc
d'épicerie
parle à ceux-là

il décrit
les rayons
d'un festin
qui n'arrivera jamais
mais qui tient
pourtant
dans l'air
entre ses mains

Prends tes bagages
le train part
une minute après minuit

Anton Baričević
ne repose pas
il en faudra
des voyages
pour les faire
monter
tous

Anton Baričević
l'exil
c'est chez toi
tu tires toujours
ton wagon

à Mont-Royal
les passagers du métro
remontent
de sous la terre
en sacrant


Alain Larose © 2017

* «Belgrade» par Miroslav  Antić


                                             

lundi 13 mars 2017

RELEVÉ D'ÉCRITURE





















Van Gogh délavé laminé
de travers
motel qui pue juste pas
la cigarette

à l'heure à la journée
ou va te faire soigner!

Motel perdu le long
d'une artère bouchée
où passe plus personne
ayant encore un peu de compassion
pour la beauté

motel avec le son de la télé coupé
et un couvre-lit qui pue
(juste pas la cigarette)

motel avec fenêtre
qui regarde ailleurs
pour pas voir la beauté
se pousser avec les étoiles
quand le jour se lève en pleurant
sur le parking

le silence percuté par un train
relever d'écriture
le matin arrivant comme un voleur.

                                (journal-extrait)


Denis Samson © 2017


dimanche 5 mars 2017

NUIT SANS ATTENTE





















La poésie à l'os
comme jamais

seul à seul
dans la foule

les autres veulent
de la musique

des heures grises
aux cendres du matin

la forêt des nuits
peuple notre ciel

parlons de nous

dans la langue
des épinettes


Jean Coulombe © 2017


jeudi 23 février 2017

RAQUETTES


























Blancheur d'un silence charnel

le soleil me réchauffe
pas pantoute
mais la beauté
peint des ombres
parmi les congères,
filles de neige
en ponchos de soie.

La beauté n'a pas froid aux yeux.


Denis Samson © 2017


jeudi 16 février 2017

LES LENDEMAINS (CSS # 15)





















Poésies du village enfoui

les mononcs qui disent «bonjour»
les matantes qui jasent
les marmots qui font risette

mais les âmes en veine
les amours mal barrées
la bière contemplative

les arcs-en-ciel de poteaux
les trottoirs à obstacles
le grondement du métal

un plein ciel à oiseaux
les couleurs en averse
les rêves en chantier

il y a l'immense clameur
des lendemains à défricher.



Jean Coulombe © 2016



samedi 11 février 2017

MARITIME

... à Jean Coulombe *



















- 1 -


Feux des navires à l'horizon

rideaux qui flottent
fenêtre ouverte
dans «un mur d'étoiles» *

enchaînée à la rouille des marées
à l'ancre la lune luit.

- 2 -


Ressac du sommeil
la mer à la dérive
la tête pleine d'échos des coquillages

esquisse d'un naufrage

reconstruction céleste
sous l'autorité des eaux
peignure d'océan avec oiseaux


- 3 -


Poulpes de braise au visage de l'aube

sur le quai des poissons
régurgitent la mer...

La mer reprend son souffle.

Le port repose dans ses ancres


Denis Samson © 2017